EGYPTE ~ Le pays qui a vaincu l’islamisme

L’hydre islamiste connait des destins très variées d’une région à l’autre. En progression constante dans les pays occidentaux et dans le Sahel, elle semble reculer ailleurs.

C’est en Egypte qu’elle a connu sa plus cuisante défaite (avec la Syrie), rendant son étude particulièrement intéressante : Les Frères musulmans sont arrivés démocratiquement au pouvoir, ce qui est un cas unique. Même Erdogan n’a pas été élu avec cette étiquette.  

Rappelons la chronologie : Mohamed Morsi a été élu président de la République le 17 juin 2012 avec 51,73% des suffrages face à un ancien militaire. Un score serré donc pour le représentant officiel de la Confrérie des Frères musulmans. Auparavant le succès avait été plus important aux législatives qui s’étaient déroulées dans la foulée de la révolution des soi-disant printemps arabes.  

Pendant un an, Morsi dirigea l’Egypte. Il déçut le peuple, et dut faire face au Conseil Supérieur des Forces Armées (CSFA), cette institution militaire qui se réunit de son propre chef dans les grands moments de l’histoire du pays et à la Haute cour constitutionnelle qui annula les élections législatives. Le CSFA prit acte de cette décision et pris le pouvoir législatif en attendant de nouvelles élections.

La riposte de Morsi ne se fit pas attendre. Il mit à la retraite le chef du CSFA et, pour apaiser l’armée, nomma ministre de la Défense le chef du renseignement, le général Sissi qui avait la réputation d’être un religieux conservateur. Surtout, en novembre 2012, il s’arrogea tous les pouvoirs par une déclaration constitutionnelle sans possibilité de recours : le bras de fer avait commencé.

Les manifestations hostiles à Morsi se multiplièrent tandis que l’Egypte s’enfonçait dans la crise et que les Frères tissaient leur toile. La violence monta en flèche, les morts furent nombreux et des viols collectifs se produisirent à plusieurs reprises Place Tahrir. Une grande manifestation anti-Morsi fut finalement organisée le 30 juin 2013.

Elle submergera le pays. On a parlé de 30 millions de manifestants, chiffre sans doute exagéré mais il s’agit du tournant décisif. L’armée savait maintenant avec certitude qu’elle avait le peuple derrière elle et prononça la destitution de Morsi. Les manifestations islamistes n’y changeront rien, la Confrérie fut interdite et les arrestations se comptèrent par dizaines de milliers. L’élection présidentielle de 2014 vit le triomphe de Sissi : les Egyptiens voulaient le retour à l’ordre et tourner la page sombre de l’islamisme.

Parallèlement, un mouvement islamiste qui avait fait allégeance à Daesh s’implanta dans le Sinaï. L’armée emploiera les grands moyens pour l’anéantir. Les combats furent rudes mais le ménage fut fait.

Le calme est maintenant revenu en Egypte et c’est un bon moment pour aller sur place sentir l’ambiance. Le constat est simple : l’élection de Morsi semble, dix ans après, appartenir à un autre âge.

Le Caire est toujours aussi bruyant et incroyablement encombré. Mais les chantiers sont nombreux et les travaux routiers de grande ampleur. Le périphérique fait près de 80 km et compte jusqu’à dix voies mais beaucoup moins parfois, il reste du travail. Anne Hidalgo devrait regarder cela : il y a des villes où l’on essaie de résorber les embouteillages et non de les créer. Mais le problème, insoluble, est d’entrer ou sortir du Caire : on ne se déplace quasiment qu’en voiture et il y a près de 25 millions d’habitants…

Malgré cela, aucun énervement dans la conduite des automobilistes. Les coups de klaxon sont un mode normal de conduite car personne ne respecte le code de la route (y en-t-il un ?). Le bruit incessant ne vient pas de la circulation mais des klaxons : à ce point c’est sans doute unique au monde. Que se passe-t-il pour un automobiliste dont le klaxon est en panne ? Notre guide est formel : « c’est aussi grave qu’une panne de moteur ». La placidité des Cairotes devant les pires queues de poisson ou les changements de file de dernière seconde est impressionnante, les Parisiens pourraient s’en inspirer.

Les voiles sont très présents dans la rue, peut-être les deux tiers des femmes. Mais tout cela ne sent pas l’islamisme. Les écolières croisées par milliers (la jeunesse est partout au Caire) en témoignent : voilées et non voilées rient et se promènent ensemble. Parfois on voit un groupe en uniforme à l’ancienne, toutes non voilées : il reste plusieurs institutions catholiques dont l’origine remonte généralement au XIXe siècle. Les Egyptiens en sont fiers et le niveau intellectuel reste excellent même si, hélas, le virage progressiste a été résolument pris par les dirigeants de ces écoles.

La quasi-totalité des hommes sont en pantalon et il y a statistiquement beaucoup moins d’habits religieux qu’en Seine Saint-Denis. D’ailleurs pour visiter le très intéressant musée copte ou la fameuse église suspendue, coptes et musulmans se pressent ensemble avec le plus grand naturel. Les chrétiens font vraiment partie de l’Egypte moderne et le président Sissi y a beaucoup contribué en envoyant de nombreux signaux forts en ce sens.

Quelle est leur proportion dans la population égyptienne ? Sans doute 10 à 15% disent les spécialistes français, 20% dit-on sur place. Quoi qu’il en soit, sur un peu plus de 100 millions d’habitants, cela fait beaucoup de monde. On comprend que, contrairement à l’Irak ou la Syrie, les chrétiens ne sont pas menacés de disparition.

La visite de Kéops nous démontre que le tourisme de masse est revenu. Tant mieux pour l’Egypte et tant pis pour nous : il faut se frayer un chemin parmi les groupes d’Américains, plus ou moins obèses, ou de Canadiens, symboles avancés de la diversité triomphante dans sa marche mondiale. Tongues, shorts et casquettes sont légion et il faut fuir à quelques kilomètres au sud. Là, nous accompagnons la pyramide rouge dans sa splendide solitude, les routes défoncées ayant fait le ménage.

La Haute-Egypte n’est pas moins peuplée de touristes car Louxor, Assouan, Karnak regorgent de beautés pharaoniques. Cette civilisation si lointaine et qui n’a engendré aucun successeur laisse rêveur. Nous nous sentons tout de même plus proche du Parthénon, de Baalbek ou de Jerash.

Notre hôtel fin XIXe est délicieusement désuet et l’on s’attendrait presque croiser Agatha Christie dans un des salons victoriens resté dans son jus. La vue sur le Nil est splendide, l’ambiance sereine. En montant sur une felouque traverser le fleuve pour marcher vers le beau monastère St Siméon, on ne s’attendait pas se faire entourer de canots pneumatiques bourrés d’enfants hilares. Ils nagent autour de nous en chantant en boucle le ding-ding-dong final de Frère Jacques. Où ont-ils appris cela ?

Près de la Mer Rouge, une pieuse visite s’impose aux monastères St Antoine et St Paul appelés ainsi en l’honneur des deux premiers anachorètes de l’histoire. On pense au fameux incipit d’Anatole France dans Thaïs : « En ce temps-là, le désert était peuplé d’anachorètes ».

Les moines (plus de 100 par monastère) nous font visiter leur monastère au milieu d’une grande foule de coptes venus faire leurs dévotions avant la fermeture de l’Avent. L’ambiance est joyeuse, les voiles absents. L’islamisme est si loin.

Malgré la crise, l’inflation et la pauvreté qui touche un bon tiers des habitants, l’Egypte semble sur la voie du renouveau. La manne gazière découverte en Méditerranée est un cadeau inestimable et Sissi a démontré un sens politique remarquable.

Bien sûr, sa conception des droits de l’homme n’est pas la même que celle de nos brillants dirigeants occidentaux. Nos grands donneurs de leçons n’omettent jamais de regretter qu’il y ait encore quelques milliers d’islamistes en prison. Ils oublient le péril mortel auquel l’Egypte a échappé : ils feraient mieux d’être plus attentifs à ce qui se passe chez eux. Mais Sissi n’en n’a cure : il connait l’occident et il sait qu’on ne peut se fâcher avec tous les fournisseurs de gaz en même temps.

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