L’irrésistible effacement international d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a dissous le Parlement à la suite d’un raisonnement tordu. Il a ensuite perdu les élections, mais refuse de le comprendre. Il s’agite, parle, gesticule et n’a pas l’air de se rendre compte qu’il devient ridicule. En Europe, en Ukraine, en Chine, en Afrique, il rate tout. Son bilan international, déjà calamiteux avant la dissolution, atteint maintenant un effondrement difficilement qualifiable, tant il est inédit depuis bien longtemps. Peut-être depuis Paul Reynaud et son intéressant « nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts. »

 De nos jours, il est de bon ton de dénoncer « l’esprit munichois » dans les médias bellicistes parce que les Russes vont nous envahir en 2030 comme chacun sait. Plutôt que d’accabler Edouard Daladier qui lui, au moins, avait compris qu’une guerre contre l’Allemagne risquait de ne pas très bien se passer, on ferait mieux de s’intéresser au cas de Paul Reynaud persuadé de gagner avec une armée désarmée contre trois millions d’hommes bien équipés et surmotivés. Ce type d’analyse coupée du monde réel est une maladie bien française dont Macron est un brillant représentant.

Emmanuel Macron lors de la conférence des ambassadeurs en 2025

 Le président croit au verbe, à l’hyperactivité, à la nécessité de se montrer. Mais il parle trop et enchaîne les propositions qui n’intéressent personne. Une des plus fameuses fut son idée de création d’une Force d’Action Rapide pour sécuriser Gaza, lutter contre le Hamas et préparer l’avenir. Un silence gêné accueillit ce projet baroque, parfaitement irréalisable. De toutes façons plus personne n’écoute la France au Proche-Orient. La fameuse politique arabe de la Ve République est enterrée depuis longtemps. Nous ne sommes amis ni des Israéliens, ni des Palestiniens et nous nous sommes coupés de la Syrie depuis 2011, sous l’impulsion successive des visionnaires Alain Juppé et Laurent Fabius parce que n’est-ce pas, Bachar el-Assad était un méchant dictateur. Il était évidemment le seul en Orient.

Alain Juppé et Laurent Fabius

 Il restait le Liban mais Macron a réussi à mettre le dernier clou du cercueil. Après l’explosion du 4 août 2020 qui a ravagé Beyrouth, notre sémillant voyageur s’est précipité sur place avec comme slogan « Nous n’abandonnerons pas le Liban ». Il réunit toutes les factions au pouvoir : président chrétien, premier ministre sunnite, chef du parlement chiite et d’autres encore. Personne ne manquait à cette réunion qui était précisément celle qu’il ne fallait pas organiser. Notre diplomate en herbe prit un ton de gouverneur colonial parlant à ses fonctionnaires pour expliquer à tout le ghotta libanais qu’ils étaient corrompus, que le fonctionnement du pays était paralysé et qu’il fallait que ça change s’ils voulaient recevoir les milliards de l’Union européenne.

 Tout cela n’était pas faux mais était-ce à dire ? Le public écouta poliment et répondit qu’il allait engager les réformes nécessaires. Il ne fit naturellement rien : pourquoi changer un système qui les enrichissait en toute impunité ? En sortant de la réunion, un facétieux appela le journaliste Georges Malbrunot et lui raconta tout. La réunion fut donc décrite dans les journaux français le lendemain. Macron prit ensuite le temps de hurler sur le journaliste rencontré quelques jours plus tard. Ensuite, il ne s’occupa plus du Liban.

 Il fit une ultime tentative orientale en reconnaissant la Palestine le 28 mai 2024. Le moment était curieusement choisi : Israël était en train de raser Gaza et de coloniser la Cisjordanie. Trop tôt ou trop tard, c’est difficile à dire mais cela ne servit évidemment à rien. Certains esprits mal intentionnés prétendirent que c’était également une opération de politique intérieure pour flatter nos banlieues islamisées. La reconnaissance de la Palestine ayant été accueillie avec une parfaite indifférence, on peut douter du bien-fondé de la manœuvre.

Emmanuel Macron lors de la reconnaissance officielle de l’état de Palestine

 Le bilan est encore pire en Afrique dont la France est à peu près intégralement chassée. Depuis 2022, nos troupes ont dû quitter successivement le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad puis le Sénégal. Cela ressemble presque aux étapes du Paris-Dakar ancienne version. La Côte d’Ivoire et le Gabon ont, quant à eux, demandé une réduction drastique de nos effectifs. Seul Djibouti accueille une présence significative avec 1500 militaires. En moins de quatre ans, la France a quasiment disparu de l’Afrique.

 C’est bien sûr de la faute des Russes et des mercenaires de Wagner. En réalité, si les Russes s’implantent, c’est parce que les Africains ne veulent plus de la France. Et les Russes ne sont en outre pas les seuls à s’installer : les Chinois et les Turcs notamment s’activent beaucoup. Les Américains ont du mal, victimes de leur méconnaissance de l’Afrique. Nous n’avons pas cette excuse.

 Rien de bien fameux non plus avec Donald Trump qui se moque ouvertement de Macron dès qu’il en a l’occasion, ni avec la Chine. La dernière visite fut un modèle : notre brillant diplomate demanda à Xi Jinping d’user de son influence sur Vladimir Poutine pour qu’il cesse la guerre en Ukraine. Xi n’a pas bronché, comme tout Chinois qui se respecte, mais on se doute que la commission n’a peut-être pas été faite.

Emmanuel Marcron et Xi Jinping

 Le plus grave pour la France est son isolement croissant en Europe. Il fut un temps où l’on célébrait avec émotion la solidité du couple franco-allemand. Cela commença avec De Gaulle-Adenauer puis Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl enfin Sarkozy-Merkel. Passons sur l’inexistant Hollande dont il ne reste rien, et allons vers Macron qui marquera l’effacement de la France dans un chaos frénétique.

 Cela n’a pas très bien fonctionné avec Angela Merkel, mais notre jeune homme n’osa pas, pour une fois, faire la leçon à la diva de l’Europe. Ce ne fut pas le cas avec Olaf Scholz et les premiers craquements apparurent. Avec Friedrich Merz, cela tourne au désastre.

 Les deux hommes ont le même défaut : l’arrogance. Et leurs divergences sont abyssales : Macron parle de « l’Europe puissance », de la souveraineté européenne (il est très peu Français comme chacun sait), de l’avion franco-allemand et des « Eurobonds d’avenir ». Merz veut garder la protection américaine, voler les avoirs russes, continuer la guerre en Ukraine à tout prix car elle rapporte beaucoup, et se rapprocher de l’Italie. Ils ne valent pas mieux l’un que l’autre et sont cependant en désaccord sur tout. Leurs seuls points communs relèvent de la politique intérieure : une popularité en berne et la détestation des partis « populistes ». Ce sympathique attelage est en train de se défaire à grande vitesse et ce ne sera pas un déchirement à observer.

Macron, qui a l’arme nucléaire, considère que l’on n’a pas besoin des Etats-Unis. Merz, qui ne l’a pas, veut le parapluie américain. Comme Meloni qui, elle aussi, déteste le président français et n’a pas la bombe. C’est une base de départ. Le sommet de Rome du 23 janvier a acté la naissance du couple germano-italien. Merz s’est déplacé avec dix ministres et les deux pays ont signé une dizaine d’accords bilatéraux dans le domaine de la défense et de l’énergie. Ils ont affirmé leur attachement au Mercosur et appelé l’Europe à améliorer sa compétitivité et renforcer la lutte contre l’immigration clandestine. Giorgia Meloni s’est fait ensuite une joie de déclarer que « 2026 sera l’année de l’Italie et de l’Allemagne. »

Merz et Meloni au sommet de Rome le 23 janvier

En réalité, Macron ne paye pas seulement son arrogance, ses phrases emphatiques et creuses, son impuissance politique et sa fin de mandat toute proche. Il paye également la dégradation des finances publiques de la France, son incapacité à se réformer et son endettement hors contrôle. Tandis que l’Italie améliore chaque année sa situation, la France est dans une spirale d’appauvrissement très inquiétante. L’Allemagne ne veut plus s’arrimer à un pays devenu un des plus mauvais élèves de l’Europe et qui ne peut survivre que par l’impôt.

C’est pourquoi Merz veut mettre fin au SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), projet historique de 100 milliards d’euros, regroupant la France, l’Allemagne et l’Espagne, destiné à fabriquer l’avion de combat de la prochaine génération, associé à des drones de combat, des capteurs, de la furtivité et du cloud tactique.

Le chancelier Merz remet en cause la participation de l’Allemagne au projet de Système de combat aérien du futur

L’Italie, de son côté, développe également un projet ambitieux d’avion nouvelle génération, le GCAP (Global Combat Air Programme), avec le Royaume-Uni et le Japon. Meloni et Merz en ont parlé car l’Italie aimerait beaucoup recruter l’Allemagne aux ressources financières conséquentes.

La messe n’est pas dite mais ce serait l’échec ultime de deux quinquennats pendant lesquels la France a préparé son affaiblissement à un niveau inédit.

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