Le narcotrafic a bon dos. Toute une armada installée à grands frais depuis plusieurs semaines face au Vénézuéla, juste pour couler, tous les deux ou trois jours, un rafiot censé convoyer de la drogue. La ruse était grossière mais elle a permis de préparer en toute quiétude l’intervention des commandos chargés d’enlever Nicolas Maduro et de le déposer aux Etats-Unis où quelques ennuis l’attendent.

Cette opération s’inscrit bien sûr dans la tradition impérialiste américaine où l’on change le dirigeant d’un pays lorsqu’il déplaît ou gêne les intérêts américains. Mais pas seulement. Cette fois, hormis le paravent du narcotrafic, les buts de l’opération sont clairement définis par Donald Trump lui-même.
Il s’agit d’abord d’empêcher la Chine de nouer des accords commerciaux qui lui permettent de s’approvisionner abondamment et facilement en pétrole. Le Vénézuéla dispose des plus grandes réserves du monde, même s’il végète dans une semi-misère en raison de l’incurie et de la corruption du régime, mais aussi des sanctions américaines. La Chine est très bien implantée en Amérique du Sud. Cela a commencé par des accords sur les minerais stratégiques ou le pétrole avec le Chili, l’Equateur, le Brésil et l’Argentine (avant Javier Milei). Des négociations sont en cours avec la Bolivie qui a les plus grandes réserves mondiales de lithium.

Tout cela insupporte Trump, obsédé par la montée en puissance chinoise. Il avait déjà essayé, au cours de son premier mandat, de renverser Maduro, ennemi irréductible des Etats-Unis. L’affaire avait piteusement échoué et son organisateur, John Bolton, avait été limogé.
Cette fois, c’est la bonne et c’est l’armée elle-même qui a fait le travail. Les compagnies pétrolières américaines, évincées il y a quelques années, vont pouvoir enfin exploiter cette manne qui rapportera beaucoup.
Ensuite, cette opération s’inscrit dans le cadre de la nouvelle géopolitique américaine, définie récemment dans le document de sécurité rédigé par la Maison Blanche. Pour l’Amérique du Sud, on reprend la doctrine Monroe que l’on adapte aux temps modernes : le continent américain appartient aux Etats-Unis, mais pas le reste du monde. C’est la nouveauté par rapport aux néo-conservateurs.
Donald Trump raisonne en zones d’influence. Il y a « son » continent, et les autres. C’est pourquoi, l’invasion de l’Ukraine ne le choque pas et il a très bien compris que ses prédécesseurs, russophobes obsessionnels, ont tout fait pour que cette guerre arrive. Alors maintenant, que les Européens se débrouillent, puisqu’ils veulent absolument empêcher la Russie de gagner la guerre. Après, il y aura sûrement des affaires à organiser avec la dite Russie. Ce sera très intéressant à observer.

Si l’on suit ce raisonnement, le jour éventuel où la Chine mettra la main sur Taïwan, l’Amérique ne devrait pas réagir. C’est l’Asie et il n’y a en outre pas d’engagement vis-à-vis de cette île qui n’a d’ailleurs aucun statut au regard du droit international.
A propos de droit international, soyons, une fois de plus, édifiés par la cohérence intellectuel de notre brillant président, Emmanuel Macron. Martial et guerrier contre la Russie parce qu’elle a violé le droit international, il a félicité Trump pour avoir fait la même chose. On a les présidents que l’on mérite.
Beaucoup d’observateurs affirment que Trump a agi pour des raisons de politique intérieure. Les élections de mi-mandat se profilent et les sondages ne sont pas bons. Certes, des milliers de Vénézuéliens réfugiés et naturalisés seront ravis de la chute de Maduro.

Ne perdons toutefois pas de vue que Trump s’est donné pour mission de permettre aux Etats-Unis de conserver leur rang de première puissance mondiale. C’est cela qui compte avant tout et l’adversaire c’est donc la Chine.
Antoine de Lacoste
